Syndrome de Pancoast et Tobias |
| Créé le 02/11/1999 |
Auteur : A. Taytard |
(Mis à jour le 09/03/2001) |
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Sommaire
- Diagnostic
- Traitement
- Résultat
- Que choisir ?
- Bibliographie
Le syndrome de Pancoast a été décrit pour
la première fois en 1932 (PANCOAST, 1932) comme "une tumeur se développant dans la
partie supérieure du poumon, toujours accompagnée d'une douleur de topographie C8, T1,
T2, avec fonte des muscles de la main et syndrome de Horner ; la radiographie montre une
opacité de l'apex, avec destruction de l'arc postérieur des premières côtes et
érosion du corps vertébral". Pancoast la pensait originale et de nature
embryonnaire.
En fait, ce type de tumeur du sommet avait
déjà été décrit (HARE) et Pancoast lui-même en avait fait une première description
radiologique quelques années auparavant (PANCOAST, 1924).
Le syndrome de Pancoast est provoqué par une
tumeur du défilé cervico-thoracique dont la masse, originaire de l'extrême sommet du
poumon, a un développement surtout extra-pulmonaire vers la paroi thoracique plutôt que
vers le poumon. La première et la deuxième côte, les vertèbres peuvent être envahies
ainsi que le canal médullaire et la moëlle.
Les tumeurs de Pancoast ont été longtemps
considérées comme au-dessus de toute ressource thérapeutique. Les premiers résultats
positifs ont été publiés en 1950 avec une association brachythérapie-chirurgie
(BINKLEY), en 1956 avec une association chirurgie-radiothérapie (CHARDACK) et, au début
des années 60, avec une association irradiation pré-opératoire-chirurgie (SHAW).
Ces tumeurs sont rares et représentent moins
de 5% des cancers broncho-pulmonaires. Il s'agit, le plus souvent, d'un cancer non à
petites cellules ; il existe cependant d'autres causes, exceptionnelles mais importantes,
au syndrome de Pancoast : malignes (cancer à petites cellules, cancer de la thyroïde,
lymphome) ou pas (infections à staphylocoque, à pseudomonas, tuberculose, kyste
hydatique, hémangiopéricytome, tuberculose, granulomatose lymphomatoïde...) ce qui rend
impératif la recherche d'un diagnostic anatomo-étiologique avant une intervention
souvent délabrante.
DIAGNOSTIC
Clinique
La tumeur se développe à proximité des
racines nerveuses de C8, T1 et T2 (nerf cubital), de la chaîne sympathique et du ganglion
stellaire.
Douleur : Elle est localisée à l'épaule et dans l'espace inter scapulo-vertébral et peut
s'étendre ensuite à la face interne du bras et de l'avant-bras jusqu'aux deux
derniers doigts de la main ; elle est habituellement importante, vite insupportable,
permanente et résistant aux antalgiques habituels ; le patient a souvent une position
antalgique, se soutenant le coude pour la diminuer.
Syndrome de Claude Bernard-Horner :
Diagnostiqué sur un myosis, un rétrécissement de la fente palpébrale, et une
énophtalmie, il se complète de troubles vaso-moteurs (anhydrose) homolatéraux de la
face. Il traduit l'envahissement de la chaîne sympathique et du ganglion
stellaire. On
peut observer, dans un premier temps, des épisodes de rougeur et d'hyperhydrose dans les
mêmes territoires dus à l'irritation de la chaîne sympathique.
Troubles sentivo-moteurs : Ils
portent sur la sensibilité du 5ème doigt et la moitié externe du 4ème doigt de la
main, et la paralysie de la flexion et de l'opposition des doigts suivie d'une atrophie
pouvant aller jusqu'à la "main de singe".
Diagnostics différentiels
Douleur cervicale : arthrose, discarthrose ;
Douleur de l'épaule : périarthrite scapulo-humérale pouvant conduire
à des injections de corticoïdes retard capables de modifier momentanément la
symptomatologie et de retarder le diagnostic ;
Douleurs pseudo-angineuses devant l'irradiation à la face interne du
bras.
Imagerie
Une bonne imagerie est indispensable car
l'extension anatomique des lésions est un élément déterminant de la décision
thérapeutique.
Radiographie thoracique : C'est le
premier examen habituellement fait en pratique ; elle montre une opacité de l'extrême
sommet de l'image thoracique et fait partie de la description initiale. Elle est cependant
parfois faussement rassurante dans d'authentiques syndromes de Pancoast cliniques et il
faut savoir demander une TDM.
Tomodensitométrie, IRM
Le bilan anatomique d'une tumeur de l'apex doit comprendre l'évaluation la plus précise
possible des rapports de la tumeur avec
- les vaisseaux sous-claviers
- le plexus brachial
- le rachis dorsal supérieur et les trous de conjugaison
- les premières côtes et la paroi thoracique.
Ce bilan nécessite une imagerie moderne TDM
et/ou IRM mais qui respecte des impératifs techniques
- en TDM
coupes de 4 à 5mm jointives
reconstruction dans d'autres plans (frontal, sagittal) nécessitant une acquisition
spiralée
injection de produit de contraste
visualisation des coupes avec 3 fenêtres (parenchyme, médiastin, os)
- en IRM
antenne de surface
acquisitions multiplanaires (frontal, sagittal)
injection de produit de contraste (LAISSY).
L'IRM a sans doute un potentiel pour
différencier le tissu tumoral actif d'une fibrose mais ceci reste à démontrer. Il n'est
pas démontré par contre que des nodules infracentimétriques qui sont les seuls
invisibles en IRM doivent faire modifier le choix de la technique d'imagerie.
La qualité des examens thoraciques en IRM
est très dépendante de la machine et de la technique.
Les sensibilités et spécificités
respectives des 2 techniques ne sont pas bien connues (séries trop courtes, pas de
"gold standard" bien défini, faiblesse d'une technique par rapport à l'autre
dans les séries comparatives).
Très généralement on admet cependant que
la TDM est probablement plus
performante pour montrer l'atteinte costale
l'IRM est supérieure pour montrer les
rapports avec le plexus brachial et surtout le rachis (trous de conjugaison, atteinte du
corps vertébral) (HEELAN).
La séquence des examens
La TDM est faite pour confirmer ou infirmer la présence de la tumeur de l'apex souvent
mal visible sur la radiographie simple. Elle guide la ponction. Si elle montre un
envahissement évident des vaisseaux sous-claviers et/ou du rachis, la contre-indication
opératoire est avérée. Bien souvent elle est insuffisante pour le bilan anatomique et
une IRM est donc faite en 2ème intention.
L'ensemble du bilan morphologique
loco-régional (médiastin, extra-thoracique) peut donc être fait aussi bien avec la TDM
que l'IRM, mais lorsqu'une séquence de radio ou chimiothérapie est effectuée en
pré-opératoire il faut réaliser la même technique pour évaluer le résultat et juger
de l'opérabilité secondaire.
Méthodes diagnostiques
La fibroscopie est habituellement
négative. Cependant la biopsie trans-bronchique a pu donner jusqu'à 40% de résultats
positifs (MAXFIELD) sans que ce résultat semble amélioré par la cytologie du liquide de
lavage ou du brossage.
La biopsie trans-thoracique à
l'aiguille fine permet souvent d'obtenir le diagnostic (WALLS).
Une médiastinoscopie peut être
nécessaire à droite, une thoracotomie antérieure au 2ème espace intercostal à gauche.
Bilan d'extension
Il doit être complet, comme devant tout cancer, et comprendre, outre un bilan local et
loco-régional, l'investigation des sites habituels de métastase (foie, os, cerveau) afin
de ne pas méconnaître les rares possibilités chirurgicales qui existent.
Staging
Le Pancoast est habituellement un T3 par atteinte de contiguïté de la plèvre viscérale
et de la paroi thoracique.
Facteurs pronostics (ANDERSON)
Bon pronostic : diminution de la
douleur après traitement
Mauvais pronostic : N2, syndrome de
Claude Bernard-Horner, déficit moteur, atteinte vertébrale et des gros vaisseaux.
TRAITEMENT
Chirurgie
Elle est le plus souvent précédée ou suivie d'une radiothérapie.
Il s'agit d'une chirurgie "en bloc" enlevant la tumeur, la paroi thoracique et
les structures avoisinantes.
L'envahissement massif du plexus brachial et de la région paravertébrale (foramen
intervertébral, corps et lames vertébrales), l'atteinte médiastinale, l'envahissement
des tissus mous de la base du cou et les métastases à distance sont des
contre-indications à la chirurgie.
Radiothérapie
La radiothérapie isolée
Elle est soutenue par ceux qui pensent que la tumeur de Pancoast n'est pas différente des
autres T3 et T4 pour lesquels une intervention est, le plus souvent, contre-indiquée.
Comme pour toute tumeur, quelle que soit la topographie, la probabilité de contrôle
tumoral est d'autant plus forte que la dose d'irradiation est élevée. En visée
curative, il faut donc prescrire 60 à 70Gy en 6 à 7 semaines. Les protocoles délivrant
des doses plus faibles dans des temps plus courts (ex 45Gy en 3 semaines) sont des
protocoles palliatifs dont le but est simplement la sédation des symptômes douloureux ou
compressifs.
L'association radio-chirurgicale
Elle est soutenue par ceux qui font de la tumeur de Pancoast une tumeur particulière avec
une propension particulière à une extension locale.
- Radiothérapie pré-opératoire : en
pré-opératoire la dose d'irradiation délivrée peut difficilement dépasser 40Gy.
Au-delà, l'intensité des phénomènes inflammatoires et de sclérose rend le geste
chirurgical difficile. L'argument essentiel permettant de justifier une irradiation
exclusivement pré-opératoire est la possibilité que donne cette technique d'irradier le
lit tumoral enveloppé de parenchyme pulmonaire dont l'exérèse sera faite
secondairement. Ceci évite d'irradier le parenchyme pulmonaire résiduel qui se
déplacera secondairement vers la cavité opératoire, permettant peut-être de limiter
les conséquences fonctionnelles respiratoires.
Mais cette dose d'irradiation n'est pas suffisante, à elle seule, pour contrôler la
tumeur, y compris d'éventuels résidus tumoraux microscopiques laissés en place par le
chirurgien. 2 voire 3 mois après l'intervention et la fin du premier cycle d'irradiation,
il sera souvent nécessaire d'ajouter une seconde séquence d'irradiation de 20 à 30Gy
afin de porter la dose totale à 60-70Gy. Or, quel que soit le type de tumeur (à 2 ou 3
exceptions près comme la prostate), on sait que toute interruption d'irradiation est
responsable d'une baisse significative de la probabilité de contrôle tumoral.
Il apparaît donc que ce type d'irradiation
"en sandwich" pose problème.
- Brachythérapie per-opératoire :
elle n'a pas fait la preuve de son efficacité (GINSBERG).
- Radiothérapie post-opératoire :
elle paraît plus rationnelle. En effet, volume et dose d'irradiation pourront être au
mieux adaptés. Elle n'aura lieu qu'en cas de résidu tumoral microscopique ou
macroscopique, celui-ci étant repéré par des clips radio-opaques. L'exclusion du
médiastin ne sera pas systématique comme en cas d'irradiation pré-opératoire mais
dépendra du compte-rendu anatomo-pathologique.
La dose sera également adaptée au compte-rendu anatomo-pathologique. 55Gy seront
suffisants en cas de résidus microscopiques contre 65 à 70Gy en cas de reliquats
macroscopiques.
L'inconvénient principal est l'irradiation du parenchyme pulmonaire sain qui s'est
déplacé dans le lit tumoral.
Elle peut être seule ou associée à une chimiothérapie (DARTEVELLE).
Chimiothérapie
Compte-tenu de la rareté du syndrome de Pancoast, il n'existe pas de séries traitant
spécifiquement de cette tumeur ; mais son comportement sous chimiothérapie ne semble pas
être différent de ce que l'on observe avec les autres cancers bronchiques non à petites
cellules.
Confort
Le traitement de la douleur est essentiel dans la prise en charge d'un syndrome de
Pancoast. Au-delà des traitements spécifiques du cancer, les anti-inflammatoires et les
morphiniques sont souvent nécessaires.
RÉSULTATS
Ces tumeurs du sommet étant rares, les
séries statistiques importantes le sont aussi dans la littérature.
La radiothérapie isolée, en visée
curative, donne un taux de survie à 5 ans de 0 à 23%, avec 3 à 6% de complications
sévères sans complications fatales. Mais il y a plus de récidives locales qu'avec la
chirurgie (environ 50%).
L'association radio-chirurgicale avec,
le plus souvent, une irradiation pré-opératoire de 20 à 60Gy donne un taux de survie à
5 ans de 0 à 44%, avec 8 à 78% de complications sévères et 3 à 16% de décès.
Le tableau I résume les principaux
résultats. On peut noter que la survie, lorsque l'on peut éradiquer chirurgicalement la
tumeur et qu'il n'y a pas de ganglion métastatique, est proche de celle observée dans
les autres tumeurs broncho-pulmonaires.
Tableau I : Survie des patients atteints de
tumeurs de Pancoast
|
Année |
Auteur |
N |
Traitement
Type |
N |
Gang
|
méd
mois |
1an
% |
2 ans
% |
5 ans
% |
| 1981 |
Komaki |
36 |
R |
|
glob |
|
|
|
23 |
| 1982 |
Paulson |
131 |
R+C |
78 |
non |
|
|
|
44 |
| |
|
|
|
|
oui |
|
17 |
|
|
| |
|
|
R |
43 |
|
|
|
0 |
|
| 1986 |
Anderson |
22 |
R+C |
|
non |
|
|
|
34 |
| 1987 |
Hilaris |
129 |
C |
|
glob |
|
|
|
25 |
| 1991 |
Neal |
73 |
C+R |
41 |
|
|
|
|
22 |
| |
|
|
R |
32 |
|
|
|
|
21 |
| 1992 |
Taylor |
11 |
R+C |
|
non |
14 |
|
|
|
| 1992 |
Sartori |
42 |
R+C |
|
|
14 |
|
|
25 |
| 1993 |
Dartevelle |
29 |
C+R |
|
|
|
|
51 |
31 |
| 1994 |
Ginsberg |
69 |
R+C |
|
|
26 |
|
|
41 |
C : chirurgie ; R : radiothérapie ;
(voir Neal pour une revue plus exhaustive des études publiées)
QUE CHOISIR ?
Il est difficile de répondre à cette
question car :
- beaucoup d'études mélangent de vraies tumeurs de Pancoast avec des tumeurs du sommet
pulmonaire qui n'en sont pas ;
- les schémas thérapeutiques sont difficiles à comparer car multiples avec de nombreux
biais de recrutement ;
- il y a très peu d'études randomisées du fait de la rareté de cette tumeur ;
- les études recrutent des malades sur de très longues périodes de temps au cours
desquelles les pratiques changent.
Au total, rien ne prouve qu'une association
radio-chirurgie soit meilleure qu'une radiothérapie à forte dose seule, dans la mesure
où, la plupart du temps, le biais favorise la combinaison. Cependant, l'impression
générale est plutôt en faveur de l'association sans que cela ne soit avéré, et avec
des complications plus sévères et plus nombreuses. C'est pourquoi la stratégie
habituellement proposée aujourd'hui est faite d'une irradiation pré-opératoire de 30Gy
en 2 à 3 semaines, suivie d'un délai de 2 à 4 semaines, puis d'une résection "en
bloc", éventuellement complétée d'une irradiation post-opératoire.
BIBLIOGRAPHIE
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