Défenses anti-infectieuses de l'appareil respiratoire (Infections à virus et bactéries) |
| Créé le 08/07/2003 |
Auteur : O. Join-Lambert |
(Mis à jour le 20/02/2005) |
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INSERM U570 et Service de Microbiologie,
Faculté de Médecine
Necker-Enfants Malades
Les poumons représentent la plus grande surface épithéliale de l'organisme
exposée au milieu extérieur. Lors de la respiration, les voies aériennes et
les alvéoles pulmonaires sont en permanence en contact avec une multitude de
particules et de microorganismes véhiculés par le flux aérien et parfois
déposés à la surface de l'arbre trachéo-bronchique.
À la différence d'autres
surfaces épithéliales comme la peau ou le tube digestif, les alvéoles sont
stériles.
Ce phénomène résulte d'un système complexe de défenses
particulièrement efficace. Il s'agit, d'une part de caractéristiques
anatomiques des voies respiratoires et d'autre part du système de
défense
inné, qui préexiste à toute
exposition aux agents infectieux
acquis, spécifique,
humoral ou à médiation cellulaire.
I Mécanismes de défenses innée
Le système de défense inné est à la fois la « muraille, la
sentinelle, le système d'alerte et l'artillerie lourde » dont
l'organisme dispose pour gérer immédiatement toute exposition à un
microorganisme, permettant lorsque cela est nécessaire de déclencher une
réponse de l'hôte : réponse inflammatoire non spécifique et induction
d'une immunité acquise.
D'une manière schématique, on peut dire que
l'effet
«muraille» est le fruit des systèmes d'exclusion pulmonaires ;
l'effet «sentinelle-alerte» est réalisé par
les macrophages ;
l'effet «artillerie lourde» est sous la dépendance des
cellules recrutées en cas d'infection : polynucléaires neutrophiles (PNN)
et monocytes/macrophages.
Les macrophages et les cellules dendritiques jouent
également un rôle initiateur de la réponse immune acquise.
I 1 Mécanismes d'exclusion du système
respiratoire
Le premier système de défense anti-infectieuse pulmonaire est le système
d'exclusion qui a pour but d'empêcher l'adhésion et la colonisation de
l'épithélium respiratoire par les agents pathogènes.
Ce système comporte
tout d'abord l'escalator muco-ciliaire trachéo-bronchique qui est présent de la
trachée aux bronchioles respiratoires (1) et les IgA secrétoires (2). Le mucus
piège les particules inhalées de plus de 5µm de diamètre qui se déposent
sur les parois trachéo-bronchiques. Ces particules sont ensuite transportées
activement par le battement des cils vers le carrefour oro-pharyngé où elles
sont dégluties. Les particules de moins de 5 µm de diamètre peuvent atteindre
les alvéoles. À ce niveau, les macrophages et de nombreuses molécules à
activité antibiotique secrétées par les cellules épithéliales alvéolaires
et bronchiques (tableau 1) jouent un rôle important dans l'exclusion des
microorganismes (3).
Citons en particulier les peptides antimicrobiens (défensines et
cathélicidines) (3, 4, 5) qui sont des petits peptides cationiques à activité
non enzymatique, et les protéines du surfactant SPA et SPD (collectines) (6)
qui ont la capacité de se lier aux structures glycoconjuguées de la paroi des
bactéries et de certains virus, aboutissant à leur neutralisation ou leur
opsonisation. L'étude des peptides antimicrobiens est une voie de recherche qui
devrait permettre de découvrir des déficits immunitaires méconnus et de
développer de nouvelles thérapeutiques anti-infectieuses.
Tableau 1. Molécules à activité antimicrobienne présentes dans l’arbre
respiratoire (2-6)
| Molécules |
Cible/mode d’action |
Origine |
| Polypeptides anti-microbiens |
|
Lysozyme |
Paroi bactérienne : lyse du peptidoglycane |
Épithélium, PNN, Monocytes |
|
Lactoferrine
Transferrine
|
Captation du fer
Activité bactéricide propre
Captation du fer |
Épithélium, et PNN
Source extra pulmonaire |
|
Phospholipase A2 et Bacterial permeability-inducing protein (BPI) |
Lyse des phospholipides membranaires |
Épithélium, PNN
PNN |
|
Secretory leucoprotease inhibitor (SLPI) |
Activité modeste, Gram + et Gram - |
Épithélium, MP |
|
Défensines et cathélicidines (LL-37) |
Destruction de la membrane cytoplasmique des bactéries, des levures, des champignons et des virus enveloppés |
PNN
Épithélium |
|
Collectines
Surfactant protein A et D , (SP-A, SP-D)
|
Opsonisation*
Phagocytose
Burst oxydatif des PNN
Modulation de la production de cytokines |
Pneumocytes de type II |
| Autres protéines à activité anti-microbienne |
|
IgA
IgG
|
Neutralisation des toxines et des virus
Neutralisation
Opsonisation bactérienne,
Phagocytose
Activation du complément |
Lymphocytes B et plasmocytes |
|
Complément |
Opsonisation
Lyse des membranes bactériennes et des levures par formation du complexe d’attaque membranaire
Phagocytose
Chémotactisme des PNN |
MP
Pneumocytes de type II
fibroblastes |
|
Fibronectine |
Opsonisation
Phagocytose
Inhibition de l’adhérence bactérienne
Chémotactisme des PNN
Production de cytokines |
MP
Fibroblastes
Cellules épithéliales |
|
PNN : PNN
;
MP : macrophage. *Les opsonines " identifient " les agents pathogènes pour qu’ils soient reconnus par le système du complément et par les cellules phagocytaires. |
I 2 Les macrophages alvéolaires : les gardiens de la barrière
air-sang.
Les macrophages alvéolaires représentent plus de 90% des cellules
intra-alvéolaires chez le sujet sain. Ils jouent un rôle primordial dans les
défenses anti-infectieuses
grâce à leurs activités de phagocytose, la
synthèse de peptides antimicrobiens, et leur capacité de reconnaître les
agents infectieux induisant la synthèse de signaux activateurs de l'immunité
innée et acquise (7). Ainsi, grâce à ses fonctions diverses, le macrophage
est en quelque sorte le «chef d'orchestre» des défenses
pulmonaires anti-infectieuses. On peut considérer que les macrophages peuvent
avoir deux types de comportements en cas d'agression par des agents infectieux
(8) :
l'inoculum
est faible
ou l'agent infectieux peu
virulent : la
phagocytose
des macrophages suffit à contrôler l'infection. Ce phénomène survient sans
déclencher de réaction inflammatoire, soulignant le fait que le milieu
alvéolaire est physiologiquement contrôlé par un ensemble de signaux
immunosuppresseurs qui prévient la survenue d'une réaction inflammatoire
inappropriée pouvant s'avérer dommageable à la qualité des échanges gazeux
en cas d'inhalation de particules non pathogènes. Ces signaux
immunosuppresseurs sont encore mal connus et résultent en particulier de
l'action des lipides du surfactant (6).
l'inoculum
est plus important ou l'agent infectieux possède
des facteurs de virulence lui permettant d'échapper aux systèmes d'exclusion
et à la bactériolyse (bactéries capsulées, mécanisme de survie
intracellulaire comme chez les mycobactéries et les légionelles, virus…) : les macrophages synthétisent immédiatement
des
«signaux de détresse» permettant de mettre en jeu et d'activer d'autres populations
cellulaires de l'immunité innée.
Ces signaux intercellulaires sont les cytokines de la phase aiguë de
l'inflammation (TNF-alpha, IL1-b,
IL6…), les chémokines (IL8)
et les métabolites de l'acide arachidonique (leucotriènes B4) qui initient la
réponse inflammatoire et recrutent les PNN et les monocytes/macrophages. Le TNF
alpha et l'IL1-b
favorisent également le recrutement des PNN en augmentant
l'expression des molécules d'adhésion à la surface des cellules
endothéliales, permettant le rolling puis l'adhésion ferme de ces phagocytes
professionnels (P- et E-sélectine, ICAM-1 respectivement) à la paroi des
vaisseaux pulmonaires (9).
I 3 Système de reconnaissance inné des
agents infectieux
Les macrophages alvéolaires sont donc capables de reconnaître un agent
infectieux comme étranger, cette reconnaissance aboutissant à sa phagocytose
et dans certains cas à l'initiation d'une réponse inflammatoire.
« Pattern recognition receptors » (PRR) et « pathogen
associated molecular patterns » (PAMP).
Reconnaître un agent infectieux sans l'avoir jamais rencontré est une
caractéristique fondamentale du système de défense inné. Cette fonction
essentielle de l'immunité innée repose sur l'existence d'un ensemble de
récepteurs regroupés sous l'appellation de «PRR» pour pattern
recognition receptors. Les PRR sont synthétisés de manière constitutive
et caractérisés par leur capacité de reconnaître des
«molécules-signature» des agents pathogènes, appelées PAMP pour
pathogen associated molecular patterns (10). Citons par exemple le LPS
des bactéries à Gram négatif, le peptidoglycane de la paroi bactérienne,
l'ADN bactérien, l'ARN double brin de certains virus (tableau 2). Ces
molécules signent le «non-soi infectieux» et sont par définition
absentes des cellules de l'hôte. À la différence des antigènes reconnus par
l'immunité spécifique acquise, les PAMP ne sont pas spécifiques d'une espèce
ou d'un genre de microorganisme (10, 11).
En fonction de leur mode d'action, les PRR peuvent être classés en trois
groupes :
PRR sécrétés qui neutralisent les agents pathogènes par
activation du complément ou facilitation de la phagocytose,
PRR
membranaires des macrophages, médiateurs de la phagocytose,
PRR qui
induisent un signal intracellulaire (PRR de transduction), en particulier les
Toll-like récepteurs (tableau 2).
Tableau 2. PRR et PAMP du système de défense
anti-infectieuse pulmonaire (10,11,16,17)
| PRR |
Protéine, domaine d’activité biologique ou
famille |
Ligands (PAMP) |
Fonction |
| PRR secrétés (opsonines) |
|
Mannan binding protein
CRP, SAP
LPS binding protein (LBP)
|
Lectine de type C
Pentraxines
Protéine de transfert lipidique
|
Résidu mannose terminal
Phosphorylchloline bactérienne
LPS |
Activation du complément (voie des lectines)
Opsonisation, activation de la voie classique du complément
Reconnaissance du LPS
|
| PRR membranaires des macrophages médiateurs de l’endocytose |
|
CD14
Récepteur du mannose
Scavenger récepteur
MARCO
Toll-like récepteurs |
Leucin rich repeats
Lectine de type C
Domaine riche en cystéine
Domaine riche en cystéine
Leucin rich repeats |
LPS, peptidoglycane
Résidus mannose
LPS, ADN double brin, Polymères anioniques LDL
Paroi bactérienne
variés |
Corécepteur des TLR
Phagocytose
Phagocytose, clearance du LPS, métabolisme des lipides
Phagocytose
Transduction de signaux intracellulaires |
| PRR membranaires engendrant un signal intracellulaire (voir aussi tableau 3) |
|
PKR
NOD
Toll-like récepteurs |
Dom. ARN double brin (virus)
Dom. protéine kinase
Leucin rich repeats, domaine de liaison aux nucléotides,
domaine de recrutement des caspases (CARD)
Leucin rich repeats |
ARN double brin
NOD1 et NOD2 : LPS
variés
|
Activation de Nf-kB
et des MAP kinases, induction de l’apoptose des cellules infectées
par les virus
Activation de Nf-kB
Induction de l’apoptose
Transduction de signaux intracellulaires (activation de Nf-kB |
PRR : pattern recognition receptor, PAMP : pathogen associated molecular pattern. CRP : protéine C réactive, ,LDL : lipoprotéine de basse densité, dom : domaine, LRR : régions riches en résidus leucine, MARCO : macrophage receptor with collagenous structure, NOD : nucleotide binding oligomerisation domain, SAP : serum amyloid protein, PKR : ARN double brin protéine kinase activée.
Les Toll-like récepteurs
Le premier récepteur transmembranaire de transduction (récepteur Toll) a
été découvert en 1988 chez la drosophile (12). Ce PRR joue un rôle
primordial dans le développement dorso-ventral de cet insecte, mais également
dans ses défenses immunitaires innées anti-fungiques en raison de son
implication dans la synthèse de la drosomycine (13). La résistance aux
bactéries à Gram négatif qui dépend de la synthèse de la diptéricyne chez
la drosophile est contrôlée par un autre système (14), soulignant un aspect
important de la régulation du système de l'immunité innée par les
récepteurs membranaires de ce type : sa capacité à différencier
grossièrement les microorganismes et à induire une réponse innée adaptée.
Par la suite, des récepteurs semblables ont été découverts chez l'homme,
les Toll-like-récepteurs (TLR, tableau 3) (15). Les TLR sont des récepteurs
trans-membranaires qui comportent un domaine extracellulaire (le récepteur) et
un domaine intracellulaire dont le rôle est la transduction d'un signal à la
cellule lors de la fixation d'un ligand à la partie extracellulaire du TLR.
Tableau 3. Reconnaissance des PAMP par les principaux Toll- like récepteurs*
(10,11,16,17)
|
TLR |
Molécule reconnue |
Agents pathogènes |
| TLR2* |
Peptidoglycane et
Acide lipoteichoique
Lipoarabinomannane et
peptides de paroi
GPI anchor protein
Protein Tc52
OspA
Dipalmitol lipoprotein 2 |
Bactéries
Mycobactéries
Trypanosoma cruzii
Spirochetes (Borrelia burgdorferi)
Mycoplasma sp. |
| TLR 3 |
ARN double brin |
Virus |
| TLR4 |
LPS
inconnue
Protéine de fusion
Capsule |
Bactéries Gram -
Candida albicans
VRS
Cryptococcus neoformans
Aspergillus fumigatus |
| TLR 5 |
Flagelline |
Bactéries flagellées |
| TLR7 et 8 |
Imidazoquinolines |
Défense anti virale probable |
| TLR 9 |
ADN bactérien : dinucléotides poly cystéine guanine (CpG) hypo-méthylés |
Bactéries |
| TLR 10 |
inconnu |
inconnu |
* Certains TLR reconnaissent leur ligand en association avec d'autres
TLR, ce qui augmente le répertoire de spécificité de ligands. En particulier, la reconnaissance des PAMP par le TLR2 nécessite une hétérodimérisation avec le TLR1 ou le TLR6
(Janeway, Annu Rev Immunol, 2002).
PAMP : pathogen associated molecular patterns, LPS :
lipopolysaccharide, VRS : virus respiratoire synsytial, TLR: toll like récepteur.
Les TLR diffèrent des récepteurs spécifiques de l'immunité acquise
par trois caractéristiques fondamentales : ils sont exprimés à la surface
de nombreux types cellulaires, leur expression n'est pas clonale et ils ont
toujours la même architecture moléculaire. Enfin, la reconnaissance d'un
PAMP par les TLR, comme par exemple celle du LPS par le TLR4 (tableau 4),
induit un signal aboutissant à une activité effectrice immédiate de la cellule.
Cette réponse cellulaire est dans la plupart des cas médiée par l'activation
du facteur de transcription nucléaire NF-kB. Ce
facteur de transcription régule la synthèse inductible de nombreuses cytokines
impliquées dans l'immunité innée ainsi que dans la mise en jeu de signaux
capables d'initier une immunité acquise (16).
Tableau 4. Cytokines précoces impliquées dans la réaction
inflammatoire (9-21,22)
| Cytokine |
Induction de
synthèse |
Production |
Récepteurs |
Signaux induits |
|
Cytokines précoces
TNF-alpha
IL1 bêta
IL-6
|
LPS, bacteries, Pneumocystis
LPS,
Protéine A
(S. aureus) |
Mono-Mp
Variées
Variée
|
Protéine p75 et p55
IL1-R
IL6-R |
Synthèse de chémokines CXC (PNN), expression des molécules d’adhésion vasculaires
Amplification de la réponse au LPS, PNN (migration), système nerveux central (fièvre)
Avec l’IL-1, synthèse des protéines de la phase aiguë de l’inflammation par les hépatocytes
(CRP…) |
|
Chémokines
CXC chémokines
IL8 (CXCL8)
GRO-alpha
CC chémokines
Rantes (CCL5)
MIP-1alpha (CCL3)
MIP-1 bêta (CCL4)
MCP-1 (CCL2)
|
E. coli
K. pneumoniae
P. aeruginosa
Nocardia
A. fumigatus
Vir. influenzae A
Paramyxovirus
A. fumigatus
C . neoformans
K. pneumoniae
(MIP1-alpha) |
Variées
Variées |
CXCR1
CXCR2
CCR1
CCR2
CCR5 |
Attraction/séquestration des PNN
Attraction/séquestration des phagocytes mononucléés et des cellules dendritiques |
| G-CSF (granulocyte colony stimulating factor) |
TNF-alpha,?
IL1-béta ? |
MP stimulés |
|
Stimulation de la production et de la maturation des PNN
Stimulation de la sortie des PNN de la moelle osseuse et démarginalisation
Augmentation de la phagocytose et des capacité d’adhérence |
|
MP : macrophages ; PNN : PNN ; G-CSF : granulocyte colony stimulating factor. |
De nombreuses études principalement réalisées in vitro ont permis de
déterminer la spécificité de ligand des TLR connus à ce jour (tableau 3).
Citons en particulier le peptidoglycane bactérien et l'acide lipoteichoïque
des bactéries à Gram positif (TLR2), l'ARN double brin de certains virus
(TLR3), le LPS des bactéries à Gram négatif (TLR4), et l'ADN hypométhylé
bactérien (TLR9). Des infections expérimentales chez des animaux délétés
dans certains gènes impliqués dans la transduction du signal par la voie des
TLR ont permis de démontrer le rôle particulier de certaines voies de
transduction en fonction du type de microorganisme (17). Enfin, des études
menées chez l'homme ont montré que certains déficits immunitaires étaient
liés à des anomalies génétiques impliquant les voies de transduction du
signal par les TLR (18,19).
1 4 Rôle primordial des cytokines dans l'initiation et la
régulation de la réponse inflammatoire innée (tableaux
4).
Il est aujourd'hui bien établi que les cytokines sont impliquées à
plusieurs niveaux dans la réponse aux agents infectieux (20,21,22), comportant
des domaines d'activité aussi vastes que :
l'initiation, la maintenance et la résolution de la réaction
inflammatoire non spécifique,
l'initiation et l'orientation de la réponse immune acquise (paragraphes 21
et 22)
la réparation tissulaire.
La mise en route de l'inflammation, comme sa résolution, est le reflet d'une
fine régulation et de l'action coordonnée de cytokines pro et
anti-inflammatoires. Leur action dépend à la fois de leur concentration, de
leur cinétique de production et de l'état d'activation des cellules
réceptrices. Ne seront citées ici que certaines cytokines qui illustrent les
différentes fonctions qu'elles peuvent occuper dans l'initiation et la
régulation de la réponse inflammatoire innée et acquise (tableaux 4).
Cytokines précoces
Le tumor necrosis
factor-alpha (TNF-alpha) est avec l'IL1 une des
premières cytokines produite par les macrophages à la suite d'une stimulation
infectieuse. Le LPS de la paroi des bactéries à Gram négatif est un des PAMP
inducteur de la synthèse de TNF alpha qui a été le plus étudié.
L'instillation de LPS dans les alvéoles induit rapidement une synthèse
localisée de TNF alpha et le développement d'une alvéolite à PNN (23). Cette
réaction est inhibée par l'administration d'anticorps anti-TNF ce qui suggère
que cette cytokine est un médiateur précoce nécessaire au recrutement des PNN
au niveau alvéolaire. Le caractère localisé de la synthèse des cytokines est
une des caractéristiques principales qui explique la limitation (ou
compartimentalisation) de la réponse inflammatoire au site infectieux (23-26).
Dans les modèles expérimentaux, la synthèse de TNF peut être induite par de
nombreux agents pathogènes comme S. pneumoniae, K. pneumoniae,
P. aeruginosa, L. pneumophila, C. neoformans, A.
fumigatus et P. carinii (27-29).
Les chémokines (9,
30-32) induisent l'activation des phagocytes
(adhérence, dégranulation) et surtout leur recrutement vers le site de
production de ces molécules (migration). Différentes familles de chémokines
ont été décrites en fonction de la configuration de leur motif cystéine :
CXC, CC, C (lymphotactine) et CX3C (fractalkine). Les CXC-ERLpos
chémokines (IL8…) présentent un motif ERL (Glu-Leu-Arg). Elles ont une
action privilégiée sur les PNN alors que les CXC-ERLneg et les CC
chémokines (protéines inflammatoires des macrophages : MIP-1alpha et
bêta, protéine chimiotactique des monocytes MCP-1 et RANTES) ont une action
chimiotactique prédominante sur les monocytes-macrophages. La production de CC
chémokines entraîne l'afflux de monocytes qui, en se transformant en
macrophages, augmentent la population de cellules capables d'amplifier directement
la réponse inflammatoire en réponse à l'agent infectieux. Les chémokines
peuvent être produites par un très grand nombre de cellules (monocytes
macrophages, PNN, cellules épithéliales, endothéliales) (21).
Le granulocyte colony stimulating factor
(G-CSF) (33) est un facteur de
croissance hématopoïétique qui stimule la prolifération et la maturation des
précurseurs myéloïdes des PNN. Cette cytokine joue un rôle critique dans la
régulation du nombre de PNN circulants, leur augmentation en cas d'infection et
l'activation de leur fonction bactéricide (34). Les macrophages alvéolaires
peuvent produire du G-CSF après stimulation par des produits bactériens ou
certaines cytokines.
Cytokines régulatrices de la réponse inflammatoire innée et acquise
L'IL12 est une cytokine qui augmente l'activité de la réponse
inflammatoire en induisant la production d'IFN-g
et de TNF-a. Elle
favorise le développement d'une immunité acquise de type cellulaire contre les
infections causées par les virus, les mycobactéries et les bactéries à
multiplication intracellulaire, les champignons et les parasites (35-38).
À l'opposé l'IL10 diminue l'intensité de la réponse inflammatoire
en inhibant l'activité microbicide des leucocytes (PNN) et l'expression locale
des cytokines pro-inflammatoires et des chémokines, comme le TNF-a, l'IL-1,
l'IFN-g, l'IL-12, le MIP-2 et le MIP-1 alpha
(39, 40). Son
expression est retardée en comparaison à celle de l'IL12 et inhibe sa
synthèse, permettant d'éviter une synthèse excessive d'IL12 pendant la phase
aiguë de l'inflammation et la résolution de l'inflammation à la phase de
guérison (40).
L'interféron gamma (IFN-g)
est un puissant activateur des
macrophages alvéolaires, des PNN et des cellules natural killer (NK). Il
augmente l'expression du MHC de classe II (41) et favorise donc la présentation
antigénique par les cellules présentatrices de l'antigène. Il est
principalement sécrété par les lymphocytes T activés et les cellules NK qui
jouent un rôle important dans l'immunité innée anti-virale (21).
15 Autres populations cellulaires impliquées dans l'immunité innée
Le principal rôle des polynucléaires neutrophiles est l'élimination
des agents pathogènes par phagocytose dont l'efficacité bactériolytique est
supérieure à celle des macrophages (7). Quasiment absents de la lumière
alvéolaire à l'état normal (42), ils sont recrutés très rapidement et
peuvent représenter la quasi-totalité des cellules alvéolaires lors des
infections respiratoires bactériennes ou lors d'instillation trachéale de LPS
chez l'animal (23) en réponse à la production locale de facteurs
chimiotactiques et à la surexpression des molécules d'adhésion vasculaires.
Les PNN recrutés acquièrent une activité bactéricide optimale sous
l'influence de signaux activateurs comme le G-CSF, le TNF-alpha, L'IL8 et le
MIP-2. Les PNN jouent également un rôle dans la régulation de l'inflammation
par la production de cytokines pro-inflammatoires : TLF alpha, IL1-b,
IL6 et MIP-2 (43). À ce titre, ils ont été impliqués dans la survenue du
syndrome de détresse respiratoire de l'adulte (44). Après avoir rempli leur
fonction, les PNN deviennent apoptotiques et sont éliminés par les macrophages
alvéolaires, prévenant ainsi le relargage des radicaux libres et d'enzymes
protéolytiques qu'ils contiennent (45).
Les cellules NK jouent un rôle important dans la lyse et l'induction
de l'apoptose des cellules infectées par les bactéries intracellulaires et les
virus. Cette lyse est anticorps indépendante. L'activité antivirale des
cellules NK est également liée à leur capacité de synthèse d'IFN-g
(8).
Enfin, les cellules épithéliales ont la capacité de sécréter
des polypeptides antimicrobiens, des défensines mais aussi d'induire la
réponse inflammatoire non spécifique par la synthèse de cytokines (46-49) et
de métabolites de l'acide arachidonique qui provoquent une augmentation de la
perméabilité de la muqueuse. Il a été montré que la synthèse d'IL6 par les
pneumocytes de type II nécessite un signal activateur des macrophages (49).
II Immunité acquise du système respiratoire
L'immunité spécifique acquise ou «adaptative» est une arme
de haute spécificité de cible. Cette caractéristique et son délai de mise en œuvre
(4 à 7 jours en moyenne) n'en font pas un système approprié pour la
détection et la prise en charge immédiate du «tout-venant»
infectieux (8).
La fonction de l'immunité acquise est de renforcer et de réguler les
mécanismes de défense innée et de construire une mémoire immunologique
permettant de surmonter toute nouvelle agression par un agent pathogène déjà
rencontré. L'immunité acquise est particulièrement indispensable pour lutter
contre certains microorganismes virulents lorsqu'ils échappent au contrôle de
l'immunité innée. Citons les infections à bactéries capsulées (pneumocoque,
Haemophilus b), les infections à germe à multiplication intracellulaire
(légionelles, chlamydiae, mycobactéries) et les infections virales (50).
Le développement de ce type de défense nécessite la sélection et
l'amplification clonale de lymphocytes spécifiques lors de la
présentation de l'antigène par les cellules présentatrices de l'antigène
(8).
II 1 Initiation de la réponse immunitaire spécifique : rôle
des cellules dendritiques
Chez l'homme, les lymphocytes de l'arbre trachéobronchique sont
majoritairement présents au sein des structures ganglionnaires et donc à
distance des foyers infectieux. Les cellules dendritiques et les cellules
de Langerhans pulmonaires jouent un rôle d'initiation et de développement
de l'immunité acquise de deux manières (8,51). Elles phagocytent l'agent
pathogène, élaborent, transportent et présentent les peptides antigéniques
aux lymphocytes, et orientent le type de réponse immune développée en
fonction de la production différentes cytokines immunomodulatrices.
D'une manière générale, les cytokines immunomodulatrices peuvent être
classées en deux groupes à activités opposées (tableau 5) (52). Les
cytokines Th1 sont impliquées dans l'activation des macrophages et des
PNN et orientent vers une réaction immunitaire spécifique de type
cellulaire. A l'inverse, les cytokines Th2 inhibent une grande variété de
fonctions de l'immunité innée incluant l'activité des macrophages et des PNN
et orientent vers une réponse immune humorale.
Tableau 5. Profil fonctionnel des cytokines immunorégulatrices
(21,22)
| Signaux intercellulaires |
Cellules productrices |
Signaux induit |
Récepteur |
|
Cytokines Th1 IL12, IL18,
IFN
g
TNF
b
IFN
g
IL2
|
Cellules dendritiques
LT CD4+ Th1
LT CD4+ Th1
Cellules NK |
Induction d’une réponse Th1
Induction d’une immunité acquise de type cellulaire
Inhibition des cellules Th2
Induction d’une immunité acquise de type cellulaire
Activation des MP (avec TNF bêta) |
CTL
MP, CTL, LB
LT CD4+ Th2
MP
CTL |
|
Cytokines Th2
IL4,
IL6
IL5, IL6, IL9, IL13
IL4, IL10 |
Mastocytes, Cellules NK
LT CD4+ Th2
LT CD4+ Th2 |
Inhibition de l’activité des PNN et des MP
Induction d’une immunité Th2
Induction d’une immunité humorale
Induction d’une immunité à IgE (parasites), allergie, IgG1, IgA
Inhibition des cellules Th2 et de la synthèse d’IL-1, de TNF-alpha et d’IFN gamma, |
PNN, MP
LB, Plasmocytes
Éosinophiles, mastocytes
LT CD4+ Th1 |
|
CTL : lymphocytes T
cytotoxiques ; IFN : interféron ; LB : lymphocytes B ; LT : lymphocytes T |
L'équilibre entre les cytokines Th1 et Th2 produites lors de l'inflammation
va donc avoir deux types d'action : moduler l'intensité de la réponse
innée et orienter le type de réponse immune acquise. Comme d'autres types
cellulaires, les cellules dendritiques peuvent produire ces deux types de
cytokines lors de la présentation de l'antigène, en particulier l'IL12
(phénotype Th1) et l'IL10 (phénotype Th2), induisant la différenciation des
lymphocytes T CD4+ en deux sous populations à actions opposées.
II 2 Réponse immune spécifique par les lymphocytes T :
polarisation Th1-Th2
Les lymphocytes CD4+ Th1 sont impliqués dans l'immunité acquise à
médiation cellulaire (hypersensibilité retardée), dans la réponse aux
bactéries intracellulaires et aux virus. Ils augmentent l'activité
bactéricide des macrophages, activent les cellules T cytotoxiques, et
favorisent la synthèse des immunoglobulines IgG2a par les lymphocytes B.
Les lymphocytes CD4+ Th2 activent les mastocytes et les éosinophiles
(réponse antiparasitaire) et induisent la maturation des lymphocytes B vers une
réponse humorale de type IgG1-IgG3 et la production d'IgA et d'IgE (8).
In vivo, il a été montré que la fréquence relative des sous-populations
lymphocytaires CD4+ Th1 et Th2 jouait un rôle crucial dans l'évolution de
l'infection. Par exemple, une réponse de type Th1 est nécessaire pour
l'évolution favorable de l'infection à Leishmania (53), et de manière
plus générale, semble cruciale dans le cadre des infections à germes
intracellulaires. Chez un individu donné, le développement des
sous-populations lymphocytaires Th1 et Th2 dépend à la fois de l'agent
pathogène, du site infecté mais aussi du terrain génétique de l'hôte et de
son histoire immunitaire. Ces éléments expliquent probablement en partie la
variabilité de la susceptibilité individuelle aux agents infectieux (8).
Le rôle des lymphocytes T spécifiques CD8+ cytotoxiques a
été démontré dans les infections à virus, Toxoplasma gondii, L.
monocytogenes, Leishmania major, Cryptococcus neoformans et
dans les infections à mycobactéries (53-57).
II 3 Immunité acquise humorale : immunoglobulines spécifiques
(8)
Les immunoglobulines spécifiques font partie des défenses acquises et
agissent soit par mécanisme d'exclusion en empêchant l'adhérence aux cellules
épithéliales, soit par opsonisation, permettant une activation du complément
par la voie classique et favorisant la phagocytose. Les IgA et les IgG sont les
principales immunoglobulines présentes dans la lumière de l'arbre trachéo-bronchique (2).
La synthèse des immunoglobulines est assurée par les plasmocytes présents
dans la lamina propria de l'épithélium bronchique. Ils fabriquent les chaînes
lourdes et les chaînes légères des immunoglobulines ainsi que la pièce de
jonction. Les IgA s'assemblent à la pièce de jonction sous forme dimérique
alors que les IgM s'assemblent sous forme pentamérique. Elles traversent
l'épithélium par diffusion ainsi qu'une faible proportion d'IgG, IgD et IgE
(2).
Les lymphocytes B matures peuvent être activés directement lorsqu'ils
rencontrent un antigène présent dans le milieu extérieur par interaction
directe avec le récepteur des cellules B (BCR). Ce mécanisme est dit T
indépendant (indépendant des lymphocytes T). Les antigènes T indépendants
sont des structures répétitives faisant en général partie de la paroi (et
donc à la surface) des bactéries : LPS, lipoprotéines, capsule
polysaccharidique (S. pneumoniae, H. influenzae b), peptidoglycane
et porines. Les immunoglobulines produites en réponse aux antigènes
polysaccharidiques sont presque uniquement de type IgG2.
La réponse humorale vis-à-vis des antigènes protéiques (toxines,
protéines de membrane externe, protéines virales) nécessite une coopération
cellulaire entre les lymphocytes CD4+, les cellules présentatrices de
l'antigène et les lymphocytes B. Les immunoglobulines produites en réponse à
ces antigènes dits «T dépendants» sont le plus souvent des IgA, IgG1
et IgG3 (2).
III Particularités de l'immunité anti-bactérienne et anti-virale
III 1 Infections bactériennes
L'efficacité des défenses de l'hôte contre les bactéries à
multiplication extracellulaires dépend principalement de la
rapidité de leur élimination par phagocytose. Les types cellulaires impliqués
dans ce phénomène sont les macrophages résidents et les cellules recrutées
lors de la réaction inflammatoire non spécifique : PNN et
monocytes/macrophages. Une réponse immunitaire acquise, cellulaire et humorale
est également nécessaire pour lutter contre les micro-organismes
extracellulaires qui résistent à la phagocytose (bactéries capsulées).
La réponse immunitaire contre les bactéries à multiplication
intracellulaire requiert à la fois l'activation des cellules phagocytaires
(rôle de l'IFN-g, cytokine Th1), des cellules
cytotoxiques de l'immunité
innée (cellules NK, Lymphocytes T gamma-delta dont le rôle ne sera pas discuté ici
(8,58)) et de l'acquisition d'une immunité spécifique. Citons pour exemple le
cas des infections à mycobactéries (59-61) où l'efficacité
de l'immunité innée dépend principalement des macrophages activés par l'IFN-g puis
de la mise en jeu des lymphocytes cytotoxiques CD8+ qui lysent les cellules infectées.
La formation du granulome qui contient de nombreuses cellules dendritiques reflète
l'inefficacité de l'organisme à développer une immunité innée efficace et la
nécessite d'isoler le foyer infectieux de manière à prévenir son extension. Le
rôle "anti-tuberculeux" de l'IFN-g a été illustré en
thérapeutique humaine dans une étude clinique où son administration sous forme
nébulisée chez des patients atteints de tuberculose multirésistante, a permis
de stabiliser le poids des patients, de diminuer la taille des cavernes et d'accélérer
la négativation des cultures de l'expectoration (62).
III 2 Immunité anti-virale
L'immunité innée anti-virale dépend initialement de la synthèse des
IFN de type I (alpha et bêta) qui, entre autres activités, bloquent
la traduction des protéines virales. Ils augmentent l'expression du MHC de
classe I chez les cellules infectées, permettant leur lyse et l'acquisition
d'une mémoire immunitaire par les lymphocytes T8 cytotoxiques, et activent les
cellules NK (8). Ces interférons sont produits par les cellules infectées,
principalement les cellules épithéliales et les fibroblastes, mais aussi par
une population de cellules circulantes particulières, les cellules
«productrices d'interféron», qui sont attirées au site
infectieux et dans les ganglions de drainage lymphatique en cas d'infection
virale (63-64).
La réponse immunitaire antivirale requiert également l'activation du
système phagocytaire et des cellules NK, et l'action de l'immunité acquise
humorale et cellulaire médiée par les lymphocytes T CD8+ cytotoxiques
spécifiques (8, 65). L'activation des lymphocytes CD8+ cytotoxiques nécessite
une présentation antigénique par des cellules dendritiques infectées (66,67)
ou ayant phagocyté des cellules épithéliales infectées apoptotiques (cross-presentation)
(68).
IV Conclusion
Au cours de l'évolution, la relation unique qui existe entre le poumon et son
environnement a nécessité la mise en place des stratégies multiples pour
lutter contre l'invasion de divers microorganismes. Ces dernières années, des
avancées scientifiques majeures ont mis en évidence l'importance des
mécanisme de défense innée pulmonaire dans l'initiation et le contrôle de la
réaction inflammatoire anti-infectieuse non spécifique et dans l'orientation
de la réponse acquise. Dans tous les cas, il apparaît que le macrophage
alvéolaire y jouent un rôle essentiel. La reconnaissance des "molécules-signature" de l'agent pathogène par les Toll-like récepteurs est la première
étape qui aboutit à la réaction inflammatoire innée et à l'initiation d'une
réponse acquise. Les cytokines précoces mettent en jeu divers types
cellulaires locaux et recrutés. L'équilibre entre les cytokines
immunorégulatrices Th1 et Th2 module l'intensité de la réponse
inflammatoire tout au long de l'infection et oriente vers une réponse immune
de type cellulaire ou humoral.
L'évolution constante des agents infectieux, que ce soit en terme de
virulence ou de résistance aux traitements, souligne l'importance des deux
types d'approche complémentaires qui régissent la recherche en maladies
infectieuses : le développement de traitements agissant à la fois sur
l'expression des facteurs de virulence du microorganisme et visant à moduler
les mécanismes de défense de l'hôte. Une meilleure connaissance du système
de défense inné devrait permettre de mettre au point de nouvelles stratégies
préventives (immunisation) ou curatives des infections respiratoires en
veillant à ne pas induire sa suractivation qui pourrait avoir des conséquences
néfastes sur la survie de l'hôte.
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